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Le Blog pour Tous d'un franc-maçon. "La loi morale au fond de notre coeur et la voute étoilée au dessus de notre tête". Emmanuel Kant Les pseudonymes ne sont plus acceptés pour les commentaires. (4.11.2018)

08 May

L'histoire maçonnique, un chemin aride, plein d'embuches...

Publié par Gérard Contremoulin  - Catégories :  #Formation et Histoire maçonnique

L'histoire maçonnique, un chemin aride, plein d'embuches...

 

« Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles

que nous n’osons pas.

C’est parce que nous n’osons pas

qu’elles sont difficiles. »

Sénèque
Lettres à Lucilius, XVII, 104, vers 63 – 64

 

Les origines de la Franc-maçonnerie française sont repérées de diverses manières. Au delà des différentes interprétations, la chronologie intervient comme juge de paix. 

 

 

Le contexte.

 

La Franc-maçonnerie obédientielle s'est implantée en France à partir du milieu des années 1720.

 

Jacques II Stuart ayant été détrôné, se réfugia une première fois en France, accueilli par son cousin Louis XIV. Lequel lui fournit des troupes pour tenter de reconquérir son trône où Guillaume III d'Orange, ancien stathouder (gouverneur) de Hollande, s'était installé. Jacques II fut défait à la bataille de La Boyne (1690) et dù capituler quelques mois plus tard lors du Traité de  Limérick (1691).
 

Limérick, Source : "terresceltes.net"

Limérick, Source : "terresceltes.net"

 

Jacques II s'installe avec sa Cour à Saint-Germain-en-Laye.

 

Elle se compose d'environ 70.000 personnes, avec autant de catholiques que de protestants. Tous ne sont évidemment pas à Saint-Germain-en-Laye. ils se répartissent sur le territoire du Royaume de France par catégories de métiers.

 

Des loges s'étaient déjà constituées auparavant, lors de la première arrivée de Jacques II en 1688. Cette année-là, la Loge "La Parfaite Egalité" aurait été créée à St Germain par des exilés stuartistes. En 1689 fut fondée la Loge "La Bonne Foi", toujours en activité.

Le mouvement s'est accentué avec la seconde arrivée de maçons irlandais catholiques après Limérick.

 

Jacques II meurt en 1701.

 

La naissance de la Franc-maçonnerie obédientielle

 

Il faudra attendre 1717 (ou 1721) pour que soit fondée la Grande de Londres et de Westminster à partir de la décision de quatre loges de se fédérer. Jean-Théophile Désaguliers en devient le premier Grand-Maître.

 

En 1723 sont publiées "Les Constitutions" sous la plume de James Anderson. En fait les axes fondamentaux sont établis par Désaguliers dès 1721.

Frontispice de 1723

Frontispice de 1723

 

1728 - Constitution de la Grande Loge du Royaume de France. Philip, duc de Wharton est investi des titres et prérogatives de Grand-Maître des Loges du Royaume de France.

 

Parmi les premières loges, "Saint Thomas, n° 1" (1725). Pierre Mollier nous précise qu'à cette époque, les loges se créaient l'une l'autre, les frères allant de ville en ville, de port en port... Mais aucune coordination n'existait vraiment. Le Grand-Maître était le seul à bénéficier d'une "certaine" autorité.

 

1736 - Discours de Ramsay. Il développe l'idée que l'une des sources de la Franc-maçonnerie est la Chevalerie. Plusieurs grades post-maîtrise vont s'en inspirer.

 

1743 - Le Duc d'Antin, 4° Grand-Maître et premier français à cette dignité, meurt. Le Prince de Bourbon-Condé, comte de Clermont, prince du sang, lui succède, élu "Grand-Maître de toutes les loges régulières de France".
Sont également adoptées vingt "ordonnances générales" dont la dernière fait apparaître un autre grade que les trois connus, celui de "Maître écossais" :

 

« Comme on apprend que depuis peu quelques frères s'annoncent sous le nom de maitres Ecossois, et forment dans Les Loges particulières des prétentions et exigent des prérogatives dont on ne trouve aucune trace dans les anciennes archives et coutumes des Loges répandues sur la surface de la terre ; La Grande Loge a déterminé affin de conserver l'union et la bonne harmonie qui doit régner entre les F M. qu'à moins que ces maitres Ecossois ne soient officiers de La Grande Loge, ou de quelque Loge particulière, ils ne seront considérés par les frères que comme les autres apprentis et compagnons, dont ils doivent porter l'habillement sans aucune marque de distinction quelconque. »

 

C'est à cette époque que va être utilisé le terme "d'écossais" pour désigner les "Hauts-grades". 

 

 

1773 - L'état de grande faiblesse organisationnelle et administrative mais aussi initiatique de cette obédience va conduire son Administrateur Général Anne-Charles Sigismond de Montmorency-Luxembourg (1737-1803) à engager une Grande Réforme, dite de "consolidation" de l'obédience.

 

Dix-neuf assemblées vont se tenir entre le 8 mars et le 19 octobre, réunissant les Vénérables des loges du Royaume de France. Elles vont adopter la réforme proposée.

 

Il en résulte, notamment :

 

- Tous les mandats sont soumis à l'élection (celui de Vénérable ressemblait à une charge héréditaire)

 

- Annualisation de ces mandats

 

- Changement du titre distinctif de l'obédience et adoption du nouveau titre de Grand Orient de France

 

Aquarelle de Carmontelle, vers 1770-1780, Musée de la Franc-maçonnerie,

Aquarelle de Carmontelle, vers 1770-1780, Musée de la Franc-maçonnerie,

 

Certains Vénérables, notamment parisiens, vont s'opposer à cette réforme qui correspond à l'obligation d'abandonner leurs charges. Ils vont créer la "Grande Loge de Clermont", reprenant le nom du Grand-Maître défunt.

 

 

 

1782-1786 - Pour trouver une solution à la très grande disparité des pratiques maçonniques rencontrées dans la mise en oeuvre du rite des "moderns", importé d'Angleterre (plus de 200 rituels répertoriés), le Conseil de l'Ordre du GODF crée la Chambre des Grades.

 

Il confie à Alexandre-Louis Roettiers de Montaleau le soin d'une uniformisation du Rite. Il est entouré de Paul Savalette de Langes (Philalèthes) et de Jacques Bacon de la Chevalerie (membre de la SOT sous le nom de Eques ab Apro).

 

Avec ses équipes, il va réaliser la Codification du Rite Français.

 

D'abord des trois premiers grades, adoptés en 1785. Puis, avec le Grand Chapitre Général de France (créé en 1784), le statut des grades au delà de la Maîtrise est adopté. Ils sont définis en 5 ordres.

 

C'est également l'année où le Convent de Wilhemsbad arrête les principes du Régime Ecossais Rectifié (RER) sur les bases de la Stricte Observance Templière (SOT) du Baron De Hund, qui disparaitra de France.

 

1786Agrégation du Grand Chapitre Général (Rite Français) au GODF, avec la fusion avec le Grand Chapitre Général de France.

 

1799 - on trouve le nom de "Rite Français" dans un rapport du Conseil de l'Ordre rendant compte de la "création à New York d'une Loge au Rite Français".

Roettiers de Montaleau concrétise la fusion de la "Grande Loge de Clermont" avec le GODF par un traité qui lui permet de déclarer que le GODF est désormais le "seul et unique héritier de la Grande Loge d'Angleterre", celle de 1717, dite des "Moderns".

 

1801 - Publication des Régulateurs, décrivant le Rite Français comme une continuité initiatique en "sept grades plus un". Le Régulateur du Maçon (3 grades bleus) et le Régulateur du Chevalier-Maçon (Ordres de Sagesse)

L'histoire maçonnique, un chemin aride, plein d'embuches...

 

1802 - Degrasse-Tilly importe en France le Rite Ecossais, Ancien et Accepté (REAA).

 

1804 - De Grasse-Tilly crée le Suprême Conseil de France du REAA qui entraine la création d'uns structure de gestion des trois premiers grades, l'éphémère Grande Loge Générale Ecossaise. Car Napoléon 1° exigea leur fusion avec le GODF. Ce qui se réalisa sous l'égide de François-Régis de Cambacérès. 

 

1822 - Avec la fin de l'Empire, le Suprême Conseil de France reprend son autonomie et s'y constitue aussi des loges bleues. Les deux obédiences vont coexister pendant 40 ans, relativement paisiblement...

 

1875 - Convent de Lausanne qui adopte, notamment, cette déclaration :

la FM proclame comme elle l’a proclamé dès son origine, l’existence d’un principe créateur sous le nom de Grand Architecte de l’Univers. Elle n’impose aucune limite à la recherche de la Vérité et c’est pour garantir à tous cette liberté qu’elle exige de tous la tolérance. La Franc maçonnerie est ouverte aux Hommes de toute nationalité, de toute race ou de toute croyance. Elle interdit dans les ateliers, toute discussion politique ou religieuse,   elle accueille tout profane quelles que soient ses opinions politiques et en religion, dont elle n’a pas à se préoccuper, pourvu qu’ils soient libres et de bonnes mœurs. »

 

1877 - Le Convent du GODF adopte la réforme défendue par Frédéric Desmons : l'abandon de l'obligation de croire en l'existence de Dieu et l'immortalité de l'Âme pour devenir franc-maçon. C'est un tournant majeur dans l'histoire. C'est l'origine du schisme, encore actuel, entre deux types de Franc-maçonnerie : la "libérale a-dogmatique" et la "Régulière", à l'époque le GODF et la Grande Loge Unie d'Angleterre (GLUA ou UGLE).

 

1880 - Fondation de la Grande Loge Symbolique Ecossaise (GLSE). Elle cessera ses activités en 1911. D'orientation libertaire, elle joua un rôle important dans l'entrée des femmes en Franc-maçonnerie, même son histoire fut mouvementée, notamment avec Maria Deraismes et le Docteur Georges Martin.

 

1893 - Fondation de la Grande Loge Symbolique Ecossaise-Le Droit Humain, se séparant ainsi de la GLSE, à l'initiative des deux francs-maçons précités. Le DH, obédience mono-rite, travaille exclusivement au REAA.

 

1894 - Fondation de la Grande Loge de France (GLDF) qui prend son autonomie en se séparant du Suprême Conseil de France. Il ne lui accordera cependant sa complète autonomie administrative qu'en 1904, notamment lors de la création de nouvelles loges. Son poids est encore très important dans l'architecture de cette obédience. C'est ainsi qu'un nouveau Grand-Maître sort de sa cérémonie d'investiture entouré de son prédécesseur et du Très Puissant Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil... Obédience mono-rite, elle travaille exclusivement au REAA.

 

1901 : Fondation de la maçonnerie d'Adoption dont les loges sont souchées sur celles de la jeune GLDF.

 

1913 - Fondation de la Grande Loge Nationale Française (GLNF) comme conséquence à la décision du convent de 1877 du GODF de supprimer l'obligation de croire en dieu et en l'immortalité de l'Âme. Deux loges feront scission : "Le Centre des Amis" (RER) animée par Antoine de Ribaucourt et 'L'Anglaise 204" à l'Orient de Bordeaux. La GLNF est une obédience pluri-rite

 

1935 - Fondation du Grand Prieuré des Gaules, par Camille Savoir pour réactiver le RER, après que diverses tentatives aient échoué au GODF.

 

1946 - Les Loges d'adoption se séparent de la GLDF et créent L'Union Maçonnique Féminine de France (UMFF).

 

1952 - Transformation de L'UMFF en Grande Loge Féminine de France (GLFF). Obédience exclusivement féminine, elle adoptera le REAA en 1959. Depuis 1973, elle est pluri-rites. Elle travaille principalement au REAA mais aussi selon trois versions du Rite Français et au Régime Ecossais Rectifié (RER).

Puis la pensée critique émergeant de fonctionnements parfois devenus insupportables à certains, certaines de ces obédiences ont connus des départs, voire des scissions.

 

 

1958 - Fondation de la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique-Opéra ((GLTSO), par scission de la GLNF. Elle est pluri-rites.

 

1968 - Fondation de la Loge Nationale Française (LNF) par une scission de la GLTSO. Elle est pluri-rites.

 

1973 - Fondation de la Grande Loge Mixte Universelle (GLMU), issu du départ de trois loges du DH. Elle est pluri-rites.

 

1984 - Fondation de la Grande Loge Mixte de France (GLMF) suite à une scission au sein de la GLMU. Elle est pluri-rites.

 

2012 - La crise de la GLNF entraine de départ de nombres de frères. Notamment au sein de la Grande Loge de l'Alliance Maçonnique Française (GL-AMF). Elle est une obédience pluri-rites.

 

2015 - Fondation de la Loge Nationale Française Mixte (LNFM).

 

2016 - Fondation de la Grande Loge Initiatique Francophone Française (GLIFF) par des Soeurs issues de la GLFF. Elle est mono-rite REAA.

 

2018 - Fondation des Loges Nationales Françaises Unifiées (LNFU) par fusion de la LNF et de la LNFM.

 

Ces 3 siècles attestent une certaine vivacité du concept maçonnique tout autant que sa grande variété. Il faut probablement y voir une expression de la pensée humaine progressive et parfois progressiste.  

 

Il faut aussi y constater que certaines se sont lancées dans une course effrénée pour obtenir le label du "plus-ancien-plus-authentique", voir se l'attribuer en cherchant des sources d'où elles sont absentes où en jouant sur les intitulés obédientiels.

 

Ainsi de la grande proximité entre "Grande Loge du Royaume de France" et "Grande Loge de France". La première existe depuis plus de trois siècles et l'autre moins que de moitié (132 ans). 

 

Qu'à cela ne tienne. On peut lire ceci sur le site de la GLDF :


 

L'histoire maçonnique, un chemin aride, plein d'embuches...
L'histoire maçonnique, un chemin aride, plein d'embuches...

 

Alors, voilà une belle curiosité. Nos Bien Aimés Frères de la rue Puteaux revendiquent avec une foi bien authentique, la philosophie du REAA. Ce Rite, on l'a vu, n'est arrivé en France qu'en 1802. S'ils revendiquent ces 300 ans d'existence, il aurait donc fallu qu'ils aient travaillé jusqu'à cette date, au Rite Français (traduction du Rite des Modernes anglais)  !

 

Il est vrai que la recherche du Graal de l'ancienneté expose à quelques bizarreries, bien présentes dans l'histoire maçonnique.

Par exemple, Laurence Dermott, maçon irlandais. En 1751 il lance une redoutable accusation de trahison des Old Charges (les anciens devoirs des maçons opératifs) à l'encontre de la Grande Loge de Londres et de Westminster (celle de 1717). Il rédige un manifeste "Ahiman Rezon", véritable Contre-Constitutions d'Anderson et fonde une nouvelle obédience : la Grande Loge des "Antients". C'est alors que le sens des mots s'inverse, les "Antients" (1751) devenant plus récents que les "Moderns" (1717)...
 

Edition de 1764

Edition de 1764

 

L'histoire maçonnique, comme toutes les autres, est l'objet de tentatives de falsification. Moins il y aura de réactions, notamment officielles, plus ces démarches pourront s'affirmer.

 

Pourtant, aujourd'hui, il en va de la défense et de l'affirmation d'un authentique patrimoine initiatique du GODF et de son Grand Chapitre Général de Rite Français, indissolublement liés depuis l'agrégation de 1786....

 

Gérard Contremoulin

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