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Le Blog pour Tous d'un franc-maçon. "La loi morale au fond de notre coeur et la voute étoilée au dessus de notre tête". Emmanuel Kant Les pseudonymes ne sont plus acceptés pour les commentaires. (4.11.2018)

07 Jul

Un racisme paraguayen digne du passé : carton rouge !

Publié par Gérard Contremoulin  - Catégories :  #Extreme Droite, #Réflexions

Céleste Amarilla, sénatrice du Paraguay

Céleste Amarilla, sénatrice du Paraguay

 

Celeste Amarilla, sénatrice de la République du Paraguay, submergée par un racisme répugnant après la défaite de son équipe nationale, grâce au but de ... Kylian M'Bappé.

 

Elle a cru bon de publier deux posts sur le réseau X. Leur bassesse lui ont valu la désapprobation de son propre Président, Santiago Pena Palacios, pourtant issu de la filiation politique du dictateur Alfredo Stroessner et proche du président argentin, Javier Mileï.

 

 

Dans son premier post elle écrit :

« Un Camerounais issu de la colonisation, s’efforçant désespérément de passer pour un Français, rancunier, nouveau riche, arrogant et laid. Il était nerveux et mort de peur pendant tout le match, à l’image de toute son équipe ; ils n’ont même pas réussi à marquer un but, ils ont gagné grâce à un coup de chance... »

 

Et dans un second post, à propos du refus de M'Bappé de serrer la main du gardien de but paraguayen :

« Bruto n’a même pas appris à écrire ; au lieu du lait maternel, il tétait des noix de coco, et les êtres les plus cultivés qu’il ait jamais entendus, c’étaient des chimpanzés. Tu aurais dû lui faire un doigt d’honneur, Orlando Gill ; moi, je le fais au Sénat et il ne se passe rien !!! »

 

Alors, si ce sont les moeurs dans les chambres de ce parlement, si c'est ainsi que l'on y pratique le respect entre pairs, évidemment cela laisse rêveur... Enfin, les authentiques républicains. 

 

Des pratiques qui convoquent l'héritage du XX° siècle et l'asile plus que bienveillant que ces pays ont accordé aux dirigeants du III° Reich, désireux d'échapper aux procès, notamment celui de Nuremberg ?

 

 

Jacob Koné Katina, enseignant ivoirien, chroniqueur, nous livre une analyse malicieuse, des plus riches. Il considère qu'il s'agit d'un "devoir mal réédifié .../...racisme de bureau", concluant : "il y a une justice, au fond, dans ce genre d'épisode : le racisme, quand il s'exprime sans le moindre talent, finit toujours par se ridiculiser lui-même, sans qu'on ait même besoin de forcer le trait. Nul besoin d'une réplique brillante face à une telle indigence : il suffisait de la citer."

 

Madame la sénatrice et la noix de coco : petit traité sur la pauvreté d'imagination

L'actualité nous offre souvent, sans qu'on la sollicite, une leçon magistrale sur la bassesse. Celeste Amarilla, sénatrice de la République du Paraguay, membre du Parti libéral radical authentique, a saisi cette occasion avec l'enthousiasme d'une élève appliquée. Au lendemain de l'élimination de son pays face aux Bleus (1-0, huitièmes de finale, Lincoln Financial Field, Philadelphie), la dame s'est fendue sur X d'une diatribe contre Kylian Mbappé qui mérite, non pas l'indignation qu'elle a suscitée un peu partout, mais quelque chose de plus cruel encore pour une femme politique : l'analyse littéraire de sa prose.

Car c'est bien de cela qu'il s'agit. On nous annonçait du racisme. On nous a livré un devoir mal rédigé.
 
I. De la noix de coco comme figure de style
Montaigne écrivait que certains mots glacent le sang, à en croire la presse qui a couvert l'affaire et il faut reconnaître que la comparaison entre le lait maternel et une noix de coco a quelque chose de glaçant, en effet, mais glaçant comme l'est un devoir de sixième noté zéro. On chercherait en vain, dans cette phrase, l'ombre d'une trouvaille. Le racisme, quand il se pique de faire de l'esprit, chez Céline, chez Rebatet, chez ces plumes détestables mais qui, au moins, travaillaient leur haine comme un matériau, produit parfois des phrases qui restent, hélas, dans les mémoires par leur seule virtuosité toxique. Ici, rien. La noix de coco est la métaphore du pauvre : premier cliché venu, servi sans cuisson, sans même la peine qu'on prend d'habitude à habiller la bêtise.
Nietzsche parlait du ressentiment comme d'une force qui, à défaut d'agir, se venge en imaginant. Or Madame Amarilla n'imagine rien : elle recycle. Le racisme ordinaire, celui des comptoirs et des tribunes, au moins a l'excuse de la spontanéité. Celui d'une sénatrice, rédigé au clavier, relu, publié, assumé, n'a même pas cette circonstance atténuante. C'est un racisme de bureau, tamponné, classé, sans le moindre frisson créatif, un racisme fonctionnaire.
II. « Camerounais colonisé » : quand l'ignorance se prend pour l'Histoire
Il faut s'arrêter sur ce raccourci. Kylian Mbappé est né à Bondy, Seine-Saint-Denis, de père camerounais et de mère algérienne : la sénatrice, en le qualifiant de « Camerounais colonisé qui fait semblant d'être français », révèle en une phrase à la fois son ignorance géographique et sa conception du monde, où l'identité s'hérite comme une tare et où la France elle-même — nation qui a colonisé, excusez du peu — devient chez elle un costume qu'un enfant de Bondy n'aurait pas le droit d'endosser. Frantz Fanon, qui a consacré son œuvre à décortiquer précisément cette mécanique du regard colonial retourné contre l'ancien colonisé devenu trop visible, trop titré, trop vainqueur, aurait reconnu ici un cas d'école : on ne pardonne pas à l'ancien sujet d'avoir gagné.
Et puis il y a ce mot, « nouveau riche », lâché comme une insulte suprême par une élue d'un pays où l'aristocratie de la rente n'a jamais manqué de mépris pour ceux qui se sont enrichis par le travail plutôt que par l'héritage. La Bruyère, trois siècles avant elle, avait déjà croqué ce personnage-là : celui qui méprise la fortune acquise parce qu'elle lui rappelle que la sienne ne l'était pas.
III. L'appel au coup, ou la démocratie vue d'en bas
Vient ensuite le plus grave, dissimulé sous l'humour gras : le regret que Mbappé n'ait pas reçu, de la part du gardien Orlando Gill, une gifle méritée et cette fierté étrange d'en réclamer une elle-même « au Sénat », sans qu'il ne se passe rien. Une élue de la République qui érige l'impunité de ses provocations en mode de gouvernement, et qui appelle publiquement à la violence physique contre un sportif dont le seul tort a été de transformer un penalty. Hannah Arendt a montré que la banalité du mal ne réside pas dans la grandeur du geste, mais dans l'absence totale de pensée qui l'accompagne. Amarilla en offre ici une version sportive et mineure, mais de la même étoffe : l'incapacité à concevoir que l'autre, même vainqueur, même différent, reste un homme.
IV. Le procès du racisme, pas celui du football
Il faut ici dire les choses sans détour. Le racisme n'est pas une opinion parmi d'autres, ni une audace, ni un trait d'esprit transgressif dont on pourrait s'amuser entre initiés. C'est un manquement à la pensée elle-même. Camus rappelait que la lucidité consiste à regarder l'autre en face ; le racisme, lui, consiste précisément à refuser ce regard, à substituer à la personne une catégorie, à l'individu un stéréotype prémâché. Il n'a rien d'humain, au sens propre : il est le degré zéro de la pensée, l'endroit précis où l'esprit cesse de fonctionner pour laisser place au réflexe. On ne pense pas en insultant une couleur de peau ; on abdique.
Et c'est là que le ridicule rejoint la gravité. Car ce racisme-là, en plus d'être condamnable, est d'une pauvreté esthétique confondante. Il ne construit rien, n'invente rien, ne dit rien du monde qu'il prétend juger : il répète, avec la constance désespérante d'un perroquet mal dressé, les mêmes trois images éculées — la brute, le singe, la noix de coco — qui traînent depuis un siècle dans les caniveaux de la pensée coloniale la plus paresseuse. Même Chilavert, quelques jours plus tôt, avait eu la décence d'être bref dans sa propre sortie sur la « sélection d'Afrique ». Amarilla, elle, a pris le temps de développer, de peaufiner, comme si la longueur pouvait compenser le vide.
V. Conclusion : rira bien qui rira sans elle
Kylian Mbappé, lui, a marqué un penalty décisif dans un match tendu, a serré la main de qui voulait bien la lui serrer, et poursuit sa Coupe du monde. La sénatrice, elle, restera dans les archives comme l'auteure d'une prose que même la bêtise ordinaire regarderait de haut. Il y a une justice, au fond, dans ce genre d'épisode : le racisme, quand il s'exprime sans le moindre talent, finit toujours par se ridiculiser lui-même, sans qu'on ait même besoin de forcer le trait. Nul besoin d'une réplique brillante face à une telle indigence : il suffisait de la citer.
 

 

Jouer dans l'équipe de France quand on est bi-national

 

Dans un interview sur Public Sénat, le sénateur Jean-Raymond Hugonet (LR), et l'international Mamadou Sakho, reviennent sur la question au centre des polémiques racistes qui trainent quotidiennement dans les "milieux spécialisés" : pourquoi venir jouer dans l'équipe de France lorsque l'on est binational ?

 

 

Savoir résister

 

La quasi unanimité de la réprobation du monde footballistique et des pays participant à cette Coupe du Monde souligne, s'il en était encore besoin, la qualité mentale des joueurs français qui ont su opposer aux provocations une maîtrise et une sérénité exemplaires.

 

Quant au carton rouge de la Sénatrice, peut-être sait-elle à qui s'adresser... 

 

Gérard Contremoulin

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